NON à l’initiative contre la SSR : appel de la société civile numérique suisse

Y a-t-il un pire moment pour affaiblir les médias publics ? C’est pourquoi nous disons résolument NON à la dangereuse initiative « 200 francs, ça suffit » le 8 mars 2026 :
  • Protéger notre indépendance face aux géants de la tech
  • Freiner la désinformation grâce à un journalisme fiable
  • Ne pas rendre notre accès à l’information dépendant de logiques commerciales
Les organisations qui soutiennent cet appel : by:
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On oublie souvent un point clé dans la «crise des médias» : la principale concurrence ne vient plus des autres médias suisses, privés ou publics. Elle vient des grandes plateformes et des fournisseurs numériques, qui captent l’attention, contrôlent la diffusion et produisent de plus en plus de contenus. À l’ère de l’intelligence artificielle (IA), il ne s’agit plus seulement de parts de marché : la confiance, la souveraineté et le bon fonctionnement de notre démocratie directe sont directement menacés.


Un écosystème d’information digne de confiance
Nous vivons toutes et tous dans un écosystème d’information : nous consommons des infos, nous échangeons avec notre famille et nos collègues, nous créons des contenus en ligne. Cet écosystème ne fonctionne que si nous pouvons faire confiance aux sources et aux contenus. Sans informations fiables, pas de décisions éclairées, et sans décisions éclairées, pas de démocratie forte. C’est particulièrement vrai en Suisse, pays multilingue et multiculturel.

La tempête de l’IA : quand le « vrai » et l’« artificiel » se confondent
L’IA générative peut produire en quelques secondes des textes, des images, des voix et des vidéos. Le « fake » n’est plus l’exception dérangeante : c’est une nouvelle normalité. Les contenus qui semblent crédibles, mais qui sont faux, sont partout. Cela ouvre la porte à la manipulation commerciale (clics, publicité) et politique (polarisation, déstabilisation, désinformation). Nous devons nous préparer à un monde où une avalanche de contenus nous submerge, et où le faux peut se trouver partout. Dans ce contexte, la vérification professionnelle et indépendante devient un bien de première nécessité pour la démocratie.

Un écosystème sous le contrôle des plateformes
Notre flux d’information passe de plus en plus par quelques acteurs numériques dominants. Les plateformes et leurs algorithmes décident de ce que nous voyons, selon des critères comme l’attention, l’émotion et le potentiel d’achat. Ces critères sont tout sauf neutres, ils reflètent des intérêts commerciaux. Plus nous nous informons via ces canaux, plus le débat public est façonné par des règles privées, des priorités opaques et des rapports de force mondialisés.
Quand les intérêts s’alignent : concentration de pouvoir plutôt que contrôle démocratique
Les propriétaires de plateformes et le pouvoir politique peuvent « aligner » leurs intérêts, comme on l’observe clairement aujourd’hui aux États-Unis. La question de la liberté d'expression est particulièrement sensible : sous couvert de « Free Speech », les règles peuvent être modifiées pour permettre à la haine, l'intimidation ou les campagnes ciblées de se propager. Les voix critiques sont marginalisées. Et ces décisions se prennent souvent dans des sièges d’entreprises privées, en dehors des procédures démocratiques.

Pourquoi un acteur non commercial est décisif maintenant
Si les géants de la tech dominent la distribution et, de plus en plus, la production de contenus, il faut une force de contrepoids, indépendante et solide dans l’écosystème d’information : un service public audiovisuel, porté par un mandat d’intérêt général. Il ne s’agit pas de clics, ni de revenus publicitaires, ni de logiques de plateformes. Là où le service public est correctement financé, le niveau de connaissance politique est plus élevé, les sujets non rentables sont davantage couverts, et des standards de qualité essentiels à la démocratie sont maintenus. Un service public fort rend aussi la société plus résistante à la désinformation, parce qu’il offre un accès simple à des informations vérifiées et à une mise en contexte.

La SSR dans tout ça ? Une question de souveraineté 
À l’ère numérique, disposer d’une infrastructure d’information fiable est une composante centrale de la souveraineté. La SSR est un lieu d'information, d'explication et de débat conforme au droit et aux valeurs suisses, qui nous permet de ne pas dépendre des logiques des plateformes américaines ou chinoises.

POURQUOI L’INITIATIVE CONTRE LA SSR AGGRAVE LE PROBLÈME
Réduire drastiquement le budget de la SSR ne signifie pas « un peu moins de SSR », mais des coupes massives dans la qualité, la diversité et la couverture des régions linguistiques. Les médias privés ne peuvent pas combler ce vide dans un petit pays multilingue. Et quand le service public est affaibli, les personnes se tournent pas automatiquement vers un journalisme de qualité financé par le privé. Elles se tournent souvent vers les offres des plateformes et les réseaux sociaux, précisément là où la désinformation se diffuse le plus vite et au moindre coût.
Pour toutes ces raisons, nous disons clairement NON à cette initiative dangereuse. C’est aussi un NON aux monopoles technologiques, à l’influence et aux agendas politiques imposés par quelques fournisseurs de plateformes.
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